
Craquelée, gorgée
d’eau, effondrée ; au col vous la croyez vaincue mais ses lacets vous sourient
encore en contrebas. Glissante, enneigée, il faut alors fuir en empruntant la
trace éphémère des camions qui vous doublent et vous noient dans une gerbe
d’eau. Déserte, elle pourfend les dunes qui se referment sur elle ; à la fois
veine de l’humanité et cicatrice au flanc de la nature…
C’est une
portée griffonnée de notes hurlantes, de klaxons braillant tour à
tour.
« Bravo ! Pousse-toi ! Tu es fou ! »
Dans le bourdon
incessant des moteurs. C’est le plancher de l’engrenage au creux duquel mes
roues tournent pour envoyer l’énergie dieu sait où ; à mon cerveau, vers le ciel
?
Ses abords sont un jardin où poussent en harmonie immondices et
orchidées ; son goudron infertile est nourri de charognes de chiens et
d’oiseaux, de carcasses éventrées d’animaux et de machines. Coquette, elle se
fait un parfum de leur puanteur.
Vous y rêvez d’amour mais c’est une
prostituée qui vous sourit au détour d’un virage entre les rangs d’une oliveraie
perdue. En face, sur le chemin pierreux, le « souteneur » veille…
Elle
prend parfois des libertés avec la carte imprécise et vous emmène où bon lui
semble pendant quelques kilomètres ; puis elle vous laisse là pour la nuit, sur
une piste jaune, près d’un village ou d’un lac, avec l’arrogante certitude que
vous reviendrez vers elle le lendemain pour lui caresser
l’échine.